Je change de cap

Loi de Pareto : ne sacrifiez pas ce qui vous fait tenir

Article mis à jour le 22 septembre 2026.

La règle des 80/20, associée à Pareto, propose de rechercher si une petite partie des causes concentre une grande partie des effets. Au travail, elle invite à repérer les tâches qui contribuent le plus au résultat recherché. Mais le rapport 80/20 n’est pas une proportion garantie dans toutes les situations — encore moins une consigne pour supprimer mécaniquement le reste.

L’actualité climatique rappelle pourquoi cette distinction compte. Dans son bilan publié le 3 septembre 2026, Météo-France décrit un été marqué par des chaleurs, une sécheresse et des incendies exceptionnels. Ce constat n’apporte aucune recette de management ; il oblige en revanche à prendre au sérieux la question suivante : comment nos activités continuent-elles lorsque les conditions habituelles ne tiennent plus ? Source : Météo-France, bilan de l’été 2026.

Ce qui rapporte aujourd’hui n’est pas tout ce qui compte

Imaginons une entreprise qui classe ses tâches selon leur contribution immédiate aux ventes. Les rendez-vous commerciaux apparaissent indispensables. La maintenance, la documentation et la formation d’un remplaçant semblent moins rentables.

On peut alors être tenté de réduire ces dernières pour dégager davantage de temps commercial. Jusqu’au jour où un outil tombe en panne, où la seule personne qui connaît une procédure est absente, où un incident interrompt le service.

Cet exemple est fictif, mais le raisonnement est simple : certaines activités créent un résultat ; d’autres permettent que ce résultat reste possible. Les mesurer avec le même indicateur peut masquer leur utilité respective.

Le temps consacré à transmettre n’est pas seulement du temps retiré à la production. Il peut réduire une dépendance. Une réserve n’est pas nécessairement du gaspillage. Elle peut permettre de répondre à une variation que personne ne sait prévoir exactement.

L’efficience a besoin de frontières

Faire le même travail avec moins de ressources peut être un progrès réel. Supprimer une saisie inutile, clarifier une procédure ou éviter un déplacement sans intérêt libère du temps et de l’énergie.

Le problème apparaît lorsque l’on applique cette logique sans se demander ce qui a été retiré. A-t-on supprimé un doublon inutile, ou la seule solution de secours ? A-t-on simplifié une réunion, ou supprimé l’endroit où les difficultés pouvaient être discutées ?

La robustesse ajoute ce test : notre fonctionnement reste-t-il viable si une hypothèse se révèle fausse ? Elle ne demande pas de tout doubler ni de conserver toutes les habitudes. Les marges coûtent ; il faut choisir celles qui protègent vraiment.

Trois catégories plutôt qu’une règle automatique

Avant de supprimer une tâche, classez-la dans l’une de ces catégories :

  • Produire : elle contribue directement au service ou au résultat attendu.
  • Protéger : elle préserve une compétence, une relation, une sécurité ou une possibilité de remplacement.
  • Encombrer : son utilité n’est plus identifiable, ou elle répète un travail déjà réalisé sans apporter de contrôle nécessaire.

Le désaccord sur le classement est intéressant. Ce que le responsable considère comme une réunion inutile peut être, pour l’équipe, le seul moment où les priorités contradictoires sont arbitrées. À l’inverse, une procédure dite protectrice peut être devenue un rituel que personne ne relit.

Il faut donc examiner le travail réel, pas seulement défendre ou supprimer des cases dans un planning.

Un exercice pour cette semaine

Choisissez une tâche que vous envisagez d’alléger. Demandez aux personnes concernées ce qui se passerait si elle disparaissait pendant un mois. Identifiez la perte possible, la manière de la détecter et la possibilité de revenir en arrière.

Testez ensuite une réduction limitée, avec une date de bilan. Ne remplissez pas automatiquement chaque minute libérée : décidez explicitement de sa destination. Elle peut servir à mieux produire, mais aussi à apprendre, transmettre ou absorber l’imprévu.

La bonne priorité n’est pas toujours ce qui rapporte le plus vite. C’est parfois ce qui empêche le reste de devenir impossible.

Pour prolonger : bien faire sans s’épuiser et apprendre de ses essais.

Jean Lefebvre — Curieuse Agence

Consultant, formateur, auteur et conférencier, j’accompagne les entreprises, leurs managers et leurs équipes pour résoudre les tensions, renforcer la cohésion des équipes et surmonter les résistances au changement. Formations, conférences, team building et conseil : des interventions qui associent approche systémique et intelligence émotionnelle pour améliorer concrètement les pratiques de management et la coopération.

Contact : contact@curieuse-agence.com

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