2027 : et si nous sélectionnions exactement les mauvaises qualités ?
Dans quelques mois, nous élirons un président de la République.
Nous lui demanderons de gouverner tous les Français, de tenir ensemble des intérêts contradictoires, de décider dans l’incertitude et d’affronter des crises que personne ne peut aujourd’hui prévoir.
Mais avant cela, il faudra gagner une campagne.
Et c’est là que quelque chose me trouble.
Pour gagner, un candidat doit se distinguer. Pour gouverner, il devra relier. Pour mobiliser son camp, il doit montrer ce qui le sépare des autres. Une fois élu, il devra pourtant travailler avec ceux qui ne pensent pas comme lui.
Nous allons donc sélectionner par la compétition celui ou celle dont nous attendrons ensuite qu’il dépasse la compétition.
Ce paradoxe serait déjà intéressant en temps normal. Il devient préoccupant à l’approche de 2027.
Le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) décrit une campagne qui s’ouvre dans un environnement informationnel saturé où les citoyens rencontrent des difficultés croissantes pour trier, hiérarchiser et interpréter les informations politiques. Parallèlement, la fragmentation du paysage politique rend plausible qu’un prochain président ne dispose pas automatiquement d’une majorité absolue et doive précisément rechercher les compromis que la campagne rend si difficiles à valoriser.
Nous parlons beaucoup de la disparition des « hommes d’État ».
Mais qu’entendons-nous réellement par-là ? Pas un personnage providentiel. Pas un dirigeant sans convictions. Encore moins la nostalgie d’un passé politique idéalisé. Peut-être simplement quelqu’un capable de décider depuis un endroit plus large que son propre camp.
Quelqu’un capable de dire : « Mon adversaire a raison sur ce point. »
Quelqu’un capable de reconnaître qu’une politique économique possède des conséquences sociales et qu’une politique sociale doit trouver les conditions économiques de sa pérennité.
Quelqu’un capable de changer d’avis lorsqu’un fait nouveau l’exige.
Quelqu’un capable, parfois, de dire : « Je ne sais pas encore. »
Mais imaginons un candidat prononçant ces phrases pendant la campagne.
Le trouverions-nous responsable ? Ou faible ?
C’est là que notre propre responsabilité commence.
Nous réclamons des responsables politiques capables de compromis, mais nous pouvons considérer le compromis comme une compromission. Nous voulons des politiques de long terme, mais jugeons ceux qui les portent au rythme des polémiques. Nous voulons des responsables sincères, mais pouvons utiliser leur changement d’avis comme la preuve de leur incohérence.
Les candidats apprennent eux aussi ce que nous récompensons.
Voilà pourquoi la question essentielle de 2027 n’est peut-être pas seulement : « Qui voulons-nous comme Président ? »
Une autre la précède : « Quel type de Président notre manière actuelle de faire de la politique est-elle encore capable de faire émerger ? »
Le Cahier complet explore cette mécanique : pourquoi le camp finit par remplacer la réflexion, pourquoi social et économie deviennent artificiellement des adversaires, pourquoi le compromis devient suspect et ce que signifiait réellement cette vieille expression de « stature d’homme d’État ».
Parce qu’en 2027, nous n’élirons pas seulement quelqu’un.
Nous montrerons également quel type de responsable nous sommes encore capables d’élire.
Pour aller plus loin, vous pouvez télécharger gratuitement le Cahier complet de cet Angle Mort
Cahier 004 – 2027, Nous cherchons un Président. Nous sommes en train de choisir un camp






