GGénérations Y et Z : leurs aspirations sont-elles vraiment différentes ?
Mis à jour le 27 septembre 2026Reporter une formation, un projet d’entreprise ou la fondation d’une famille faute de sécurité financière : voilà une autre manière de raconter les générations Y et Z.
Dans son enquête internationale publiée en mai 2026, Deloitte indique que 55 % des répondants de la génération Z (nés entre 1995 et 2007 dans cette enquête) et 52 % de la génération Y, aussi appelée « millennials » (nés entre 1983 et 1994 dans cette enquête), déclarent différer de grandes décisions pour des raisons financières. L’étude rassemble plus de 22 500 personnes dans 44 pays : ces résultats décrivent les répondants à une enquête mondiale, pas spécifiquement la jeunesse française. Source : Deloitte, enquête 2026. Ces chiffres invitent néanmoins à déplacer le regard. Derrière une hésitation, une mobilité ou un refus de promotion, il peut y avoir autre chose qu’un manque d’ambition : la recherche d’un avenir suffisamment solide pour pouvoir s’engager.
Une génération explique-t-elle vraiment nos comportements ?
Nous parlons volontiers des générations Y et Z comme si elles possédaient chacune une personnalité collective. Les unes seraient plus exigeantes, les autres moins fidèles, davantage attachées à leur liberté ou à la recherche de sens.
Mais ces descriptions confondent souvent trois réalités : l’âge, l’époque et l’appartenance générationnelle.
À 25 ans, on ne prend pas nécessairement les mêmes décisions qu’à 50 ans. Ce n’est pas forcément une question de génération, mais de situation personnelle, d’expérience ou de responsabilités. Par ailleurs, les transformations économiques et sociales affectent simultanément plusieurs générations, même si leurs conséquences diffèrent selon les personnes.
Prenons deux jeunes professionnels souhaitant changer d’emploi. Le premier dispose d’une épargne et peut être hébergé par ses parents. Le second finance seul son logement et aide financièrement un proche. Leur âge est comparable, mais leur capacité à prendre des risques ne l’est pas.
Avant d’attribuer un comportement à une génération, encore faut-il vérifier ce qui relève de l’âge, des conditions de vie ou du contexte dans lequel les décisions sont prises.
C’est souvent en regardant ces différences que les comportements deviennent plus compréhensibles.
Le premier emploi reste une porte difficile à ouvrir
En France, une étude de l’Apec publiée en novembre 2025 apporte un éclairage précis. Parmi les diplômés de niveau bac +5 de 2024 interrogés en juin 2025, 84 % jugent leur recherche d’emploi difficile. Ils étaient 61 % dans la promotion 2022.
L’enquête montre également que l’accès au CDI demeure important pour ces jeunes diplômés. Ces résultats concernent ce public particulier ; ils ne décrivent pas tous les jeunes. Ils nuancent toutefois l’image d’une génération qui rejetterait spontanément la stabilité. Source : Apec
Lorsque l’entrée dans l’emploi demande déjà beaucoup d’efforts, demander des précisions sur le salaire, les horaires ou la formation n’a rien d’accessoire. Ce sont les éléments qui permettent d’évaluer si une proposition ouvre réellement une perspective.
On peut souhaiter un travail intéressant et avoir besoin, d’abord, de pouvoir payer son loyer.
La stabilité peut permettre le changement
Nous opposons facilement sécurité et audace. Pourtant, une certaine sécurité peut rendre l’expérimentation possible.
Disposer d’un revenu prévisible peut permettre de financer une formation. Connaître ses horaires peut faciliter un engagement associatif. Savoir que l’on sera accompagné pendant une prise de poste peut encourager à accepter une responsabilité nouvelle.
À l’inverse, lorsque chaque erreur menace un équilibre déjà fragile, la prudence peut devenir une réponse raisonnable.
Cette lecture ne signifie pas que tous les choix s’expliquent par l’argent. Elle rappelle que les aspirations prennent forme dans des conditions matérielles. Le sens du travail, l’autonomie et la qualité de vie ne se discutent pas indépendamment de ces conditions.
Ce que les entreprises peuvent rendre plus concret
Pour un employeur, chercher « ce que veut la génération Z » peut conduire à une réponse trop générale. Une conversation sur le poste proposé sera souvent plus utile. Quelles compétences pourra-t-on apprendre ? Qui sera disponible pour accompagner les débuts ? Comment la charge de travail sera-t-elle arbitrée ? Sur quels critères une évolution sera-t-elle décidée ? Ces questions intéressent aussi les salariés plus expérimentés. Elles permettent de remplacer une promesse abstraite d’épanouissement par des engagements observables.
La transmission mérite notamment une place explicite. Recruter une personne débutante tout en exigeant une autonomie immédiate crée une contradiction. Le temps consacré à expliquer, relire et donner un retour fait partie des moyens nécessaires à son apprentissage.
Les difficultés attribuées aux nouvelles générations révèlent parfois des contradictions anciennes dans les organisations. Demander de l’autonomie sans accorder de marges de décision, promettre des perspectives sans clarifier les possibilités d’évolution ou valoriser la coopération tout en récompensant exclusivement les performances individuelles sont autant de situations qui peuvent produire de la défiance, quel que soit l’âge des salariés.
Se projeter sans devoir tout décider
À titre individuel, construire son avenir n’exige pas forcément de connaître dès maintenant sa destination finale.
On peut commencer par distinguer ce qui doit être sécurisé, ce que l’on souhaite apprendre et ce que l’on veut préserver. Puis chercher une prochaine étape qui améliore au moins l’un de ces points sans compromettre les autres.
Ce premier choix pourra évoluer. Un emploi peut constituer une étape d’apprentissage ; une formation, un moyen de vérifier une envie ; une mobilité, une possibilité à préparer plutôt qu’une urgence.
Comprendre les générations Y et Z demande donc moins de leur attribuer un caractère commun que d’écouter ce qui rend leur avenir possible.
La question n’est pas seulement : « De quoi avez-vous envie ? » Elle est aussi : « De quoi avez-vous besoin pour pouvoir essayer ? »



