Un coupable, et tout devient simple.
À l’approche de 2027, une phrase risque de devenir omniprésente sous différentes formes : « Il suffirait de… » Il suffirait de reprendre le contrôle, d’empêcher, d’interdire, de taxer, d’expulser, de supprimer, de rendre la parole au peuple. Certaines de ces propositions peuvent d’ailleurs mériter d’être discutées sérieusement. Le problème n’est pas qu’une solution soit simple. Le problème commence lorsque l’on nous explique qu’elle n’a jamais été appliquée parce que quelqu’un nous en empêche.
C’est là que le populisme devient beaucoup plus intéressant à observer. Nous le définissons souvent comme l’art d’apporter des réponses simples à des problèmes complexes. Mais toute politique simplifie : gouverner oblige à choisir.
Le mécanisme populiste va plus loin. Il transforme facilement une causalité complexe en responsabilité simple. Si quelque chose va mal, il doit exister quelqu’un qui en profite, quelqu’un qui bloque ou quelqu’un qui trahit. Le monde devient alors beaucoup plus confortable à comprendre : il possède des victimes, des responsables et une solution.
Cette mécanique répond à un besoin très réel. En 2026, seuls 22 % des Français déclarent avoir confiance dans la politique, tandis que 80 % considèrent que le gouvernement « navigue à vue » et 88 % estiment que les élus n’assument pas leurs responsabilités lorsqu’ils échouent. Pourtant, 82 % restent attachés au principe démocratique et 79 % souhaitent davantage de référendums. Nous ne sommes donc pas seulement face à un rejet de la démocratie. Nous sommes face à une demande de prise, de compréhension et d’efficacité.
C’est précisément là que le piège se referme. Car ceux qui veulent combattre le populisme répondent parfois : « La réalité est plus complexe. » C’est souvent vrai, mais politiquement insuffisant. Lorsque la complexité devient un discours d’experts que personne ne peut comprendre, elle laisse le champ libre à celui qui affirme que tout est finalement très simple.
La véritable opposition n’est peut-être donc pas entre simplicité et complexité.
Elle est entre simplification et clarté. Il devrait être possible d’expliquer pourquoi une école ferme, pourquoi un système de santé se fragilise, pourquoi l’immigration ne se résume ni à un bénéfice ni à une catastrophe, pourquoi une dette publique pose certaines contraintes ou pourquoi une politique de sécurité produit plusieurs effets contradictoires, sans transformer chaque réponse en cours d’économie, de droit ou de sociologie.
Et il devrait également être possible de reconnaître les responsabilités sans inventer un coupable unique. Car c’est probablement là que se joue une partie de notre capacité collective à résister au populisme : comprendre qu’un responsable peut avoir commis une erreur sans être la cause de tout le système, et qu’un problème peut avoir plusieurs causes sans que cela signifie que personne n’est responsable.
À l’approche de la présidentielle de 2027, cette distinction pourrait devenir précieuse. Le CEVIPOF évoque déjà une « fracture cognitive » dans un espace public saturé d’informations et marqué par l’affaiblissement des repères communs. La prochaine bataille démocratique se jouera donc peut-être autant sur notre manière de comprendre les problèmes que sur les solutions proposées pour les résoudre.
Dans le Cahier complet, je pousse cette réflexion plus loin : pourquoi préférons-nous spontanément un coupable à un mécanisme ? Pourquoi « le peuple veut » est-il une phrase beaucoup moins démocratique qu’elle n’en a l’air ? Comment reconnaître une proposition réellement simple d’une simplification séduisante ? Et surtout, comment combattre le populisme sans tomber dans le piège symétrique du mépris ou de la technocratie ?
Pour aller plus loin, vous pouvez télécharger gratuitement le Cahier complet de cet Angle Mort.






