L’auto-perception
Les travaux du psychologue Daryl Bem sur la théorie de l’auto-perception suggèrent une idée intéressante : nous apprenons aussi à nous connaître en observant nos propres comportements.
Lorsque nous voyons une personne porter secours à quelqu’un, nous pouvons en déduire qu’elle est généreuse ou serviable. Lorsque nous la voyons défendre fermement ses convictions, nous pouvons penser qu’elle est courageuse ou attachée à ses principes.
Selon Bem, nous pouvons procéder de manière comparable avec nous-mêmes : nous observons ce que nous faisons et en tirons progressivement des conclusions sur qui nous sommes.
Si je constate que j’ose régulièrement prendre la parole, je peux progressivement me percevoir comme quelqu’un de plus assuré. Si je me vois agir avec courage dans une situation difficile, cette expérience peut modifier la représentation que j’ai de moi-même.
Nos comportements influencent aussi l’image que nous avons de nous-mêmes
C’est l’un des enseignements intéressants de la théorie de l’auto-perception : nous imaginons volontiers que nos comportements découlent uniquement de notre personnalité, de nos convictions ou de l’image que nous avons de nous-mêmes.
Mais le mouvement peut également fonctionner dans l’autre sens.
Ce que nous faisons peut progressivement modifier ce que nous pensons être capables de faire.
Cette idée devient particulièrement intéressante lorsque nous nous enfermons dans certaines représentations : « je suis trop perfectionniste », « je ne suis pas assez courageux », « je ne sais pas prendre de risques », « je ne suis pas créatif »…
Plutôt que d’attendre de nous sentir différent pour agir différemment, nous pouvons parfois commencer par modifier modestement notre comportement et observer ce que cette expérience produit.
Réfléchissez à quelques-uns de vos comportements récurrents, vis-à-vis des autres comme de vous-même.
Quelles conclusions en tirez-vous aujourd’hui sur votre propre personnalité ? Et ces conclusions sont-elles toujours justes ?
Tentez l’expérience : passer à l’action
Pensez à quelque chose que vous aimeriez faire mais que vous avez toujours hésité à entreprendre par peur d’échouer.
Puis faites un premier pas.
Passez une audition si vous rêvez de jouer dans une pièce de théâtre. Inscrivez-vous dans un club si vous souhaitez pratiquer un sport collectif. Proposez une sortie à une personne que vous aimeriez mieux connaître. Commencez à écrire ce livre auquel vous pensez depuis longtemps.
Il ne s’agit pas de vous convaincre artificiellement que vous n’avez plus peur ni de vous forcer à devenir quelqu’un d’autre.
Il s’agit simplement de créer une expérience nouvelle que vous pourrez ensuite observer.
Sortez progressivement de votre zone de confort. Demandez un retour aux autres. Sollicitez de l’aide lorsque vous en avez besoin. Reconnaissez une erreur. Essayez quelque chose sans exiger de vous-même de le réussir parfaitement.
Puis observez ce qui se passe : vos émotions, vos pensées, vos comportements… mais également ce que cette expérience vous apprend sur vous-même.
Nous attendons souvent de nous sentir capable avant d’agir. L’auto-perception nous invite à envisager aussi le mouvement inverse : agir peut contribuer à nous découvrir capable.
Source et inspiration : Psychologie, hors-série n°44, p. 58.






